"Entre le marteau et l'enclume"

 

Résumés des communications

 

 

Ignacio de la Torre, Rafael Mora

Percussion activities in the Oldowan: the example of Bed I and II of Olduvai (Tanzania)

 

Vincent Mourre, Marc Jarry, David Colonge, Laure-Amélie Lelouvier

Le débitage sur enclume aux Bosses (Lamagdelaine, Lot, France)

 

 Sarah Milliken

Bipolar technology in prehistoric Ireland : environmental determinism or cultural choice ?

résumé non parvenu

 

Sylvain Soriano, Aline Robert

Le débitage sur enclume dans le Paléolithique moyen du Mali ?

 

Amilcare Bietti, Emanuele Cancellieri, Cinzia Corinaldesi, Stefano Grimaldi, Enza Spinapolice

La percussion sur enclume en Italie centrale tyrrhénienne

 

Michel Barbaza

La taille bipolaire du quartz dans le Mésolithique de l’est pyrénéen : opportunisme ou déterminisme culturel ?

 

Xavier Terradas, Juan F. Gibaja

Débitage unipolaire, débitage bipolaire et pièces esquillées au Mésolithique et au Néolithique dans les Pyrénées orientales

 

Elena Garcea

Qui va entre le marteau et l’enclume ? La sélection de matières premières au Sahara et au Soudan

résumé non parvenu

 

Laurent Costa

L’emploi de la percussion sur enclume dans le débitage de l’obsidienne en Corse au cours du Néolithique

 

Robin Furestier

La percussion sur enclume : un nouveau mode de débitage au Campaniforme ?

 

Vanessa Lea

De l’importance du débitage sur enclume en contexte Chasséen

résumé non parvenu

 

Jean-Pierre Bracco

Influence des matières premières et des objectifs du débitage sur les techniques et méthodes : réflexions à partir de la percussion sur enclume en contexte Kerma (2500 – 1500 B.C., vallée du Nil, Soudan)

 

Christian Servelle

Le façonnage des lames de haches dans le sud-ouest de la France : variabilité du rôle du débitage sur enclume

 

Sylvie Jérémie

Le débitage sur enclume en Guyane au travers d'exemples tirés de l'archéologie préventive

 

André Prous, Márcio Alonso, Gustavo Neves de Souza, Felipe Amoreli, Angelo Pessoa Lima

La place de la technologie sur enclume au Brésil : industries préhistoriques et recherche expérimentale

 

Benoît Bérard

L'utilisation de la percussion sur enclume chez les amérindiens des Antilles : une réponse rapide et efficace à un besoin spécifique, la fabrication de dents pour les râpes à manioc.

 

Jean-Philippe Faivre,  Jean-Michel Geneste, Alain Turq

Approche par l’expérimentation d’une technique de débitage dans le Paléolithique inférieur et moyen de Dordogne : les Tares  (commune de Sourzac) et  la Micoque (commune des Eyzies de Tayac-Sireuil).

 

Karine Matilla

L'emploi de la percussion directe au percuteur dur de galets posés sur enclume dans le gisement de la Chaise- de-Vouthon (abris Suard et Bourgeois-Delaunay, fouilles A. Debénath 1963-1983)

 

 

Michel Brenet, Juan Antonio Sánchez Priego

Modalités de façonnage des pierres de taille à Jerf el Ahmar (PPNA, Syrie)

 

Alain Turq

La taille des meules en silex en sud Dordogne : modalités de mise en forme

 

Jacques Pelegrin

Critères d'identification des tectofracts (titre sous réserve)

résumé non parvenu

 

Vincent Mourre, David Colonge

La question du débitage de grands éclats à l’Acheuléen

 

Céline Thiébaut, Jacques Jaubert, Vincent Mourre

Diversité des techniques employées lors de la confection des encoches et des denticulés moustériens de Mauran (Haute-Garonne)

 

Ludovic Slimak

Micro-débitages et application de la force, éléments de réflexion

résumé non parvenu

 

Claude Sestier

La production de « fil tranchant » par percussion directe à la pierre et la définition fonctionnelle de la « retouche »

résumé non parvenu

 

Laurence Bourguignon

Diversité des percuteurs : variabilité des gestes

résumé non parvenu

 


 

Ignacio de la Torre, Rafael Mora

 

Percussion activities in the Oldowan : the example of Bed I and II of Olduvai (Tanzania)

 

In this work, based on the study of the assemblages recovered by M. Leakey in the sixties, the percussion activities of the Bed I and II sites of Olduvai have been reviewed. Both the types of percussion recorded at Olduvai and the most relevant features of the anvils, hammerstones and obtained products have been systematized. In this way, it is possible to evaluate the importance of percussion activities in contrast to the knapping processes in some of the assemblages, which provides significant conclusions about the functionality of the sites.

 

Activités de percussion à l’Oldowayen : l’exemple des Beds I et II d’Olduvai (Tanzanie)

 

Dans cette contribution, les activités de percussion des sites des Beds I et II d’Olduvai sont réexaminées à partir de l’étude des assemblages recueillis par M. Leakey dans les années 1960. Tant les types de percussion reconnus à Olduvai que les caractéristiques principales des enclumes, des percuteurs et des produits obtenus ont été systématisés. Il est ainsi possible d’évaluer l’importance des activités de percussion par rapport aux  opérations de taille dans certains assemblages, ce qui fournit des informations significatives concernant la fonction des sites en question.

 

LIEUX = Tanzanie, vallée du Rift

TOPONYME = Olduvai

CHRONOLOGIE = Oldowayen, Paléolithique ancien

SUJETS = matériel de percussion, percuteurs, enclumes, fonction des sites

 


 

Vincent Mourre, Marc Jarry, David Colonge, Laure-Amélie Lelouvier

 

Le débitage sur enclume aux Bosses (Lamagdelaine, Lot, France)

 

Le gisement des Bosses se trouve à la surface de la moyenne terrasse du Lot, à une douzaine de kilomètres en amont de Cahors, sur la commune de Lamagdelaine (Lot, France). En 2000, il a fait l’objet d’une importante opération de sauvetage urgent menée par l’INRAP. Cette opération a permis l’exploration du site sur plus de 6000 m², dont près de 1000 fouillés manuellement. Les résultats de l’étude de l’industrie lithique et des datations radionumériques ont été présentés de façon préliminaire au XIVème Congrès de l’UISPP à Liège (Jarry et al., à paraître) et feront prochainement l’objet d’une monographie (Jarry dir.).

L’occupation du site, d’après l’analyse géoarchéologique (P. Bertran) serait antérieure au stade isotopique 7. En outre, la datation par thermoluminescence (N. Debenham) a permis d’obtenir des résultats proches de 300 000 ans. La série lithique semble relativement homogène et n’a pas subi de perturbations post-dépositionnelles majeures. Elle est largement dominée par le groupe des quartz et des quartzites (83 %), alors que les silex forment environ 15,5 % de l’ensemble et que les 1,5 % restant correspondent à des matériaux divers, le plus souvent magmatiques ou métamorphiques. Les matériaux utilisés sont très majoritairement issus des formations alluviales locales mais l’analyse archéopétrographique (P. Chalard, A. Turq) révèle la présence de quelques silex évoquant des sources distantes d’une trentaine de kilomètres.

Une certaine économie des matières premières est perceptible, notamment pour les matériaux autres que quartz/quartzites et silex : ceux-ci ont fréquemment été utilisés pour réaliser des outils lourds sur galets. Ils ont apparemment été confectionnés hors de la zone fouillée, voire hors du site. Cette économie est également marquée dans le reste de la production, très nettement orientée vers le débitage d’éclats. Le débitage Discoïde est dominant, que ce soit sur quartz/quartzite ou sur silex. D’autres schémas de production sont mis en œuvre, tels que le débitage Levallois (silex) et le débitage sur enclume (quartz/quartzite) dont il sera plus particulièrement question ici. Enfin, quelques pièces bifaciales, souvent fragmentaires, attestent la mise en œuvre ponctuelle de schémas de façonnage. L’outillage retouché est assez bien représenté (6,3 %) mais est peu diversifié typologiquement et la retouche est souvent irrégulière et/ou partielle.

La présence de débitage Levallois sur silex, la faible standardisation de l’outillage retouché et la rareté des pièces bifaciales permettent de rattacher l’industrie des Bosses à une phase ancienne du Paléolithique moyen. Il est envisageable que les ressources minérales locales aient pu limiter l’expression de la connotation acheuléenne de cette série, plus marquée dans certaines industries sub-contemporaines attribuées à l’Acheuléen supérieur.

Dans ce contexte, il est particulièrement intéressant de tenter de définir la variabilité et la fonction du débitage sur enclume dans le Paléolithique moyen ancien du Quercy. Celles-ci peuvent être appréhendées à travers les éclats produits – même s’il est parfois délicat de discriminer ceux relevant de ce schéma de ceux issus du débitage Discoïde ­– et surtout à travers les nucléus. Avec au total 53 nucléus issus du débitage sur enclume, la série des Bosses constitue une référence importante pour la définition de la diversité des modalités d’application de la percussion directe au percuteur dur.

 

LIEUX = Lamagdelaine, Lot, France

TOPONYME = Les Bosses

CHRONOLOGIE = Paléolithique moyen ancien, OIS 9

SUJETS = débitage sur enclume, variabilité des méthodes, économie des matières premières, quartz, quartzite



 

Sarah Milliken

 

Bipolar technology in prehistoric Ireland : environmental determinism or cultural choice ?

 



 

Sylvain Soriano, Aline Robert

 

Le débitage sur enclume dans le Paléolithique moyen du Mali

 

Sur le plateau de Bandiagara en pays dogon, Ounjougou est un vaste complexe de sites de plein air dont la séquence d’occupation s’étend du Paléolithique à l’actuel. L’occupation de la région pendant le Paléolithique, dont les plus anciens témoignages encore non datés appartiennent probablement du Pléistocène moyen, couvre une large part du Pléistocène supérieur. Les dépôts de cette phase, qui s’étalent sans hiatus majeur sur près de 50000 ans, sont entrecoupés de nombreuses occupations se rapportant au Paléolithique moyen.

Malgré des ressources en matière première limitées dans leur nature, bancs de grès ou galets de quartz, les réponses techniques apportées par les Paléolithiques dans la production lithique apparaissent variées. La percussion bipolaire sur enclume figure parmi ces réponses. La longue séquence d’Ounjougou permet ainsi de s’interroger sur le statut de cette technique particulière : choix délibéré, conséquence de matières premières contraignantes, résultat d’un faible investissement dans la taille des roches dures ou d’une habileté limitée ?

 

LIEUX = plateau de Bandiagara, Mali

TOPONYME = Ounjougou

CHRONOLOGIE = Pléistocène moyen et supérieur, Paléolithique moyen

SUJETS = grès, quartz, percussion sur enclume


 
 

Amilcare Bietti, Emanuele Cancellieri, Cinzia Corinaldesi, Stefano Grimaldi, Enza Spinapolice

 

La percussion sur enclume en Italie centrale tyrrhénienne

 

Sur la base de la littérature existante, la percussion sur enclume semble être présente dans des industries lithiques qui couvrent un arc temporaire extrêmement long, du début du Pléistocène moyen jusqu’à l’Holocène. En Italie la percussion sur enclume a été observée dans le site d’Isernia la Pineta, daté à environ 700 000 ans, dans le niveau m de Torre in Pietra (Rome) attribué au Dernier Interglaciaire et dans d’autres sites du Paléolithique moyen et supérieur. Probablement à cause de sa présence généralisée et extrêmement variable, la percussion sur enclume est généralement identifiée comme un expédiant opportuniste qui comporte des résultats techniques difficilement contrôlables.

Dans ce travail, les auteurs essaient de définir la percussion sur enclume comme une véritable « chaîne opératoire », mais aussi comme des adaptations locales, qui se sont développées et modifiées au cours du Pléistocène moyen et supérieur. La région géographique examinée est l’Agro Pontino, c’est à dire la façade plane de la mer Tyrrhénienne située au sud de Rome, dans le Latium méridional. Les sites présentés sont Grotta Guattari, Grotta del Fossellone 27b et Grotta Breuil, pour le Paléolithique moyen ; Grotta del Fossellone XXI pour l’Aurignacien et Riparo Salvini, pour le Paléolithique supérieur final. Toutes ces industries ont été réalisées avec la même matière première locale, des galets arrondis de silex de petites dimensions. Chacune des industries examinées diffère des autres par les caractéristiques techniques de la chaîne opératoire. L’étude des artefacts qui portent des traces de percussion sur enclume révèle aussi que l’utilisation de cette technique est clairement diversifiée du point de vue de la gestion de la matière première, mais aussi du point de vue de la production des objectifs. Une activité expérimentale nous a permis de définir des paramètres morphologiques utiles à la reconnaissance des artefacts lithiques produits à travers la technique sur enclume dans l’industrie de Grotta Breuil.

En conclusion, les auteurs suggèrent que l’étude du rôle et des modalités de réalisation de la percussion sur enclume – si elle est observée dans une ou plusieurs industries lithiques – peut aboutir à une meilleure compréhension des modèles adaptatifs humains dans des localités géographiques et des périodes chronologiques spécifiques.



 

Michel Barbaza

 

La taille bipolaire du quartz dans le Mésolithique de l’est pyrénéen :

 opportunisme ou déterminisme culturel ?

 

 

L’étude de l’industrie lithique de trois gisements mésolithiques des Pyrénées de l’est, montre la très faible exigence technique des groupes du Sauveterrien moyen montclusien et des groupes du Mésolithique récent-final à armatures larges (pointes de Gazel). Peu dépendant à l’égard de matières siliceuses se prêtant aisément à la taille, ces groupes ont faiblement utilisé le silex sous diverses qualités pour lui substituer le quartz « xénomorphe » issu de filons et de formations alluviales récentes ou anciennes, souvent exploité par débitage bipolaire sur enclume. Ce mode expéditif mais efficace pour la fragmentation des matériaux durs et tenaces a occasionnellement été appliqué à d’autres matériaux (quartz hyalin, radiolarites, silex…). Pour le Mésolithique moyen et récent-final, la coexistence de plusieurs modes opératoires pose le problème de la signification culturelle de ces différences : faciès de circonstance lié à l’usage opportuniste d’un matériau local abondant, faciès original, régression technologique, illustration de la loi d’allochtonie ?



 

Xavier Terradas et Juan F. Gibaja

 

Débitage unipolaire, débitage bipolaire et pièces esquillées au Mésolithique et au Néolithique dans les Pyrénées orientales

 

 

Dans le Nord-Est de la Péninsule ibérique (Pyrénées orientales), les artefacts communément classés comme écaillés ou pièces esquillées sont relativement fréquents. Leur présence est particulièrement notable dans des contextes holocènes attribuables au Mésolithique et Néolithique, mais elle devient encore plus significative en comparaison avec les périodes précédentes (Paléolithique supérieur) pour lesquelles le débitage laminaire et lamellaire a toujours été prédominant.

Classiquement, la dénomination de pièces esquillées englobe une catégorie techno-typologique largement utilisée pour classer des supports (notamment éclats, mais aussi lames et lamelles) avec un façonnage spécifique, uni et/ou bifacial, de ses extrémités proximale et/ou distale.

Cette catégorie, avec une définition assez vague, n’a pas permis d’expliquer la genèse de ce type de façonnage. Est-ce qu’il s’agit des nucléus uni/bipolaires desquels on a épuisé les capacités d’exploitation ? Est-ce qu’elle correspond à un type particulier d’outillage ? Est-ce que les retouches ont été provoquées par son usage ?

Nous essayons de répondre à ces questions en abordant l’étude de séries provenant de gisements mésolithiques et néolithiques des Pyrénées orientales. Dans ce cadre, ce type d’artefacts est normalement attaché à l’exploitation de ressources minérales d’origine locale, notamment le quartz filonien et, dans une moindre mesure, diverses variétés locales de roches siliceuses et le quartz hyalin, moyennant la percussion directe au percuteur dur.

 

 

LIEUX = Nord-est de la Péninsule Ibérique, Pyrénées orientales, Catalogne

TOPONYME = Font del Ros, Bauma del Serrat del Pont, La Prunera

CHRONOLOGIE = Épipaléolithique, Mésolithique, Néolithique

SUJETS = débitage unipolaire, débitage bipolaire, pièces esquillées, percussion directe, percuteur dur, quartz



 

Elena Garcea

 

Qui va entre le marteau et l’enclume ? La sélection de matières premières au Sahara et au Soudan



 

Laurent Costa

 

L’emploi de la percussion sur enclume dans le débitage de l’obsidienne en Corse au cours du Néolithique

 



 

Robin Furestier

 

La percussion sur enclume : un nouveau mode de débitage au Campaniforme ?

 

Souvent qualifiée d’indigente, d’ingrate ou de peu raffinée, l’industrie lithique campaniforme bénéficie de nouvelles études. Au sein des industries lithiques de la fin du Néolithique, elle trouve une place spécifique. Le Sud-est de la France, et notamment la Provence et le Languedoc, présente un potentiel important de sites campaniformes. Une proportion non négligeable de ceux-ci a fourni des corpus lithiques conséquents permettant des études technologiques et typologiques complètes.

 

Ces études ont permis de mettre en exergue des choix techniques spécifiques et récurrents. Parmi les chaînes opératoires observées, une a attiré l’attention par sa nouveauté : la percussion sur enclume. Déjà partiellement observée en Provence, elle est mieux caractérisée sur le site campaniforme languedocien du Mas de Vignole IV à Nîmes.

Néanmoins, sa caractérisation n’est pas sans poser le problème moult fois évoqué de la pièce esquillée. Cette pièce typique est en effet présente en proportions notables dans les séries campaniformes des régions évoquées ici, mais également sur un grand nombre de sites en Rhône-Alpes, Jura, Italie… La détermination de sa nature (outil ou nucleus) pose des problèmes qu’il est aujourd’hui possible de traiter.

 

A la marge de leur caractérisation paléolithique, les pièces esquillées et la percussion sur enclume néolithiques apportent des renseignements nouveaux sur les stratégies de gestion des outillages lithiques de la fin du troisième millénaire avant notre ère. Ces stratégies qui mettent en œuvre des techniques multiples reflètent la complexité des traditions culturelles qui marquent une certaine fin de la Préhistoire.

 

 

Lieux : Europe du sud, France, Sud-Est, Provence, Languedoc

Toponymes : Le Mas de Vignole IV, le Fortin-du-Saut, La Balance, Les Calades

Chronologie : Néolithique final, Campaniforme

Sujets : Technologie lithique, typologie



 

Vanessa Lea

 

De l’importance du débitage sur enclume en contexte Chasséen

 



 

Jean-Pierre Bracco

 

Influence des matières premières et des objectifs du débitage sur les techniques et méthodes : réflexions à partir de la percussion sur enclume en contexte Kerma (2500 – 1500 B.C., vallée du Nil, Soudan)

 

 

La fouille du gisement de Gism el Arba, situé sur la moyenne vallée du Nil entre les 2° et 3° cataractes, a permis de documenter pour la première fois l’industrie lithique en contexte Kerma (2500 – 1500 B.C.)

à coté d’un abondant matériel poli, de nombreux galets du Nil (quartz, cornaline, agate et silex) ont été débités  pour la production d’éclats et de petits galets aménagés. La percussion directe sur enclume est largement employée et s’avère particulièrement efficace pour le débitage d’une matière première de petites dimensions et de forme ovoïde plus ou moins allongé. Cette méthode génère essentiellement des éclats à dos cortical, dos qui peut parfois occuper pratiquement tout le pourtour du support.

Deux éléments peuvent alors être discutés :

- quelle est la finalité de la production pour des supports ne présentant que des tranchants souvent restreints ?

- la morphologie et la dimension des galets peuvent-elles expliquer à elle seule l’utilisation quasi-systématique de la percussion sur enclume ?

 

La remise en contexte de ces pièces et la comparaison diachronique avec d’autres séries permet de proposer quelques propositions de réponse.

 

 

 

lieux : vallée du Nil, Soudan, Afrique

toponyme : Gism el Arba

chronologie : Kerma, 2500/1500 BC

sujet : industrie lithique, matière première, galet alluvial, percussion sur enclume

 

 



 

Christian Servelle

 

Le façonnage des lames de haches dans le sud-ouest de la France : variabilité du rôle du débitage sur enclume

 

 

L'étude de plusieurs sites d'extraction néolithiques découverts ces deux dernières décennies dans la partie sud-ouest du Massif Central et dans les Pyrénées Centrales et Orientales a permis de mieux préciser les modalités de la mise en œuvre de diverses techniques en vue de l'extraction et la préparation des supports destinés à être polis. Trois catégories de roches massives (métabasites et basaltes) et des roches à texture généralement fibreuses (amphibolites calciques et fibrolites).

Pour ce qui concerne les roches litées, le recours au débitage sur enclume intervient au cours de la phase précoce, juste après l'extraction. Elle consiste à fractionner ou tronçonner sur enclume les plaques qui dans le cas des cinérites siliceuses du Rouergue peuvent être très allongées.

Les blocs de métabasites de l'Albigeois ont fait l'objet d'une exploitation systématique par fendage sur enclume, dans un double but : réduire l'épaisseur du module d'origine ou bien le fendre longitudinalement afin d'obtenir plusieurs supports susceptibles d'être repris par la taille ou le bouchardage. Les tailleurs néolithiques ont rencontré souvent les plus grandes difficultés pour d'abord fissurer, puis fendre ces roches tenaces sur des enclumes de forte épaisseur. Des enclumes plus petites servaient au cours du bouchardage des ébauches et des préformes. Les percuteurs utilisés lors de la phase de mise en forme de la future lame de hache sont plus petits et plus légers que les masses des carriers. Le même gîte de métabasite peut associer plusieurs faciès pétrographiques et des modes de débit différents. La priorité a été donnée à l'exploitation de la roche qui se présente sous la forme d'ovoïdes décimétriques. Des tentatives ont été opérées par les artisans préhistoriques à quelques mètres du principal site d'extraction, afin de tirer parti d'une roche volcanique très tenace. Par émiettement, ils n'ont obtenu que des supports de petites dimensions dans cette roche affectée par le métamorphisme de contact.

Dans le massif de Quérigut, un pointement de roches magmatiques basiques, roches partiellement transformées en amphibolites calciques, a été exploité à 1800 mètres d'altitude. L'intense fracturation de ce massif rocheux ne permet d'extraire que des supports dont la morphologie est très éloignée de celle des lames de haches préhistoriques ! Les interventions sur ces blocs ont donc été limitées à des fracturations sur enclumes. Les observations effectuées sur les haches polies provenant des habitats de la moyenne et de la basse vallée de l'Aude ont montré le rôle prépondérant de la technique du sciage dans la préparation des lames de haches en amphibolite calcique.

L'étude de la production des sites d'extraction et des ateliers de fabrication des lames de haches qui y sont associés montre que les artisans néolithiques œuvrant dans le Sud-Ouest de la France ont à des degrés divers eu recours à la technique du débitage sur enclume, selon les caractéristiques lithologique et mécaniques du matériau. Preuve est ainsi faite des facultés d'adaptation dont ces populations étaient capables face à un environnement minéral diversifié.

 

Lieux = Tarn, Aveyron, Hautes-Pyrénées, Ariège, Midi-Pyrénées, France

Chronologie = Néolithique

Sujets = sites d'extraction, ateliers, ébauches de hache, enclumes, percuteurs, métabasite, basalte, cinérite, schistes ardoisiers, gabbro, amphibolite calcique



 

Sylvie Jérémie

 

Le débitage sur enclume en Guyane au travers d'exemples tirés de l'archéologie préventive.

 

L'outillage lithique de Guyane française et plus généralement de l'aire amazonienne est mal connu. En effet, la  première vision à laquelle on peut se trouver confronté est celle offerte par les collections privées. Les objets ont été collectés par des orpailleurs, soit dans le cours même des fleuves, soit à terre lors de prospections ou d’exploitations aurifères.

Les lames de hache en pierre polie représentent le groupe typologique majoritaire, leur fréquence très importante est significative de ramassages sélectifs. Il s’agit d’artefacts dont l’identification est aisée alors que d’autres objets, moins spectaculaires, sont laissés pour compte, à l’image des outils débités. La bibliographie présente peu d'études sur les produits de débitages obtenus sur des matériaux aussi divers que le quartz, le quartzite, la dolérite ou toute autre matière première servant de support à une industrie lithique spécifique, issue de la percussion directe au percuteur dur. Depuis quelques années, de rares auteurs s’intéressent cependant aux produits lithiques débités, sur quartz généralement, et que l’on trouve systématiquement en grand nombre sur les sites archéologiques (Prous 1990, 1991c ; Rostain 1994a). Généralement, la qualité des supports associée aux techniques de taille en rendent la lecture typologique ardue. Autant de raisons pour expliquer l’absence de descriptif systématique du matériel lithique quelle que soit sa nature, débitée, percutée, martelée ou polie.

La taille tout comme la diversité de l'échantillon recueilli sur l’ensemble des opérations préventives, engagées depuis 1992 dans ce département français des Amériques, a permis de sérier le mobilier en plusieurs familles morpho-technologiques au sein desquelles on peut identifier certains comportements techniques, voire discerner des chaînes opératoires allant de l'approvisionnement à l'outil fini malgré l’exceptionnelle reconnaissance d'ateliers de débitage.

Face à une vaste collection lithique provenant du contexte peu connu de l'aire amazonienne, il est tentant de chercher des réponses à quelques questions : quelles sont les limites des chaînes opératoires, quel est le degré d'adaptation des techniques de fabrication aux matières premières employées, quels sont les paramètres de distinction entre les produits accidentels et les produits intentionnels ?

Il est aussi urgent de s’intéresser, et c’est là notre propos, à l’harmonisation du vocabulaire descriptif des techniques rencontrées et des produits issus de ces techniques. Dès 1998 nous proposions un lexique typologique synthétique du matériel lithique Guyanais et plus globalement du plateau des Guyane (DAF n°70). La constitution de ce lexique, opération ambitieuse, se basait sur les termes existants et, à la lumière de nouvelles collections lithiques issues de la pratique de l’archéologie préventive en Guyane, fournissait de nouvelles données. Six ans après cette publication et grâce à l’apport de données issues de nouveaux chantiers préventifs, il est possible de compléter ce lexique et de l’affiner, au moins pour le matériel issu de percussion directe au percuteur dur, technique récurrente sur le plateau des Guyanes et au moins dans la partie septentrionale du bassin amazonien quelle que soit la période.

 

LIEUX = Guyane, Amazonie, Amérique du Sud

SUJETS = techniques, terminologie



 

André Prous, Márcio Alonso, Gustavo Neves de Souza, Felipe Amoreli, Angelo Pessoa Lima

 

La place de la technologie sur enclume au Brésil : industries préhistoriques et recherche expérimentale

 

Dans de nombreuses régions du Brésil, le silex manque ou n’est pas la matière première principale des industries lithiques taillées. Il est remplacé par le quartz dans une grande partie de l’état de Minas Gerais (Brésil Central) et sur le littoral depuis Rio de Janeiro jusqu’au nord de Santa Catarina. Au sud de cet état, c’est souvent l’agate qui fournit les tranchants aigus. Toutes ces matières ont été travaillées essentiellement par débitage sur enclume. Même dans les régions où le silex est abondant (nord de Minas Gerais), on trouve quelques pièces débitées de cette manière au milieu des ensembles obtenus par percussion libre.

En Amazonie centrale, on commence à reconnaître l’existence d’industries lithiques – souvent sur grès ou quartzite. Parmi les produits les plus typiques, on trouve des préformes taillées de hache qui ont été façonnées appuyées sur enclume ; il ne s’agit pas d’un façonnage typique sur enclume comme celui que nous avons décrit dans des publications antérieures, mais d’un travail effectué en inclinant le support et qui produit des effets spécifiques.

Les enclumes et les percuteurs associés sont très nombreux dans la plupart des industries brésiliennes. Ils ne sont pas réservés au seul débitage ou au façonnage, mais ont été utilisés pour casser les petites noix de palmes et d’autres semences à enveloppe très résistante. Elles sont encore en usage dans de nombreux établissements ruraux.

Depuis les années 1980, nous avons étudié la technologie sur enclume dans le cadre du Secteur d’Archéologie de l’Université Fédérale de Minas Gerais. Nous avons eu l’occasion d’observer et de reconnaître des industries taillées similaires en Uruguay, en Australie, sur des séries italiennes, espagnoles ou panaméennes, en quartz, en silex et même en obsidienne... Cette technologie nous paraît avoir été importante dès les sites du Paléolithique archaïque, voire auparavant.

A partir de nos études expérimentales et de l’observation de nombreuses collections archéologiques, nous montrerons différents produits caractéristiques du débitage sur enclume des roches fragiles. Nous avons vérifié récemment que, parmi les formes que nous considérons “classiques”, certaines étaient plus nombreuses et faciles à obtenir quand on taillait l’agate (en travaillant dans le sens fibres), le quartz ou le silex, expliquant certaines différences d’aspect entre des industries provenant toutes d’un débitage sur enclume. Même les différentes variétés de quartz amènent des résultats légèrement distincts (fractures, aspect des  extrémités proximale et distale). L’extraction de lamelles courbes, que nous pensions tout d’abord être accidentelle, peut aussi être contrôlée jusqu’à un certain point. Une modalité particulière de débitage sur galet a été observée dans le Brésil central.

Nous avons testé l’hypothèse selon laquelle les pièces esquillées auraient été utilisées pour fendre du bois, vérifiant tant le degré d’efficacité de ces objets que les macro et micro-vestiges résultant de cette utilisation et d’autres encore.

On montrera aussi les différences entre les percuteurs et les enclumes de diverses matières qui ont été destinés à tailler la pierre et ceux qui ont servi à casser des semences.

 



 

Benoît Bérard

 

L'utilisation de la percussion sur enclume chez les amérindiens des Antilles : une réponse rapide et efficace à un besoin spécifique, la fabrication de dents pour les râpes à manioc.

 

 

L'étude des restes de débitage a connu un développement tardif dans les Antilles. Les premiers travaux importants réalisés par J. Walker (Walker, 1980a, 1980b, 1983 et 1985) sur les débitages des premières cultures formatives (saladoïde) ont mis en évidence l'utilisation de la percussion posée sur enclume. Le développement d'un programme de recherche sur les séries lithiques saladoïde de Martinique nous a permis de confirmer et d'affiner ces premières observations. L'analyse technologique, complétée par un programme expérimental destiné à éclairer la question des techniques de percussion, a montré l'existence d'une utilisation systématique de la percussion posée sur enclume pour l'exploitation d'une matière première de bonne qualité, le jaspe. La chaîne opératoire de débitage est d'une grande efficacité et permet très rapidement d'obtenir des séries de petits éclats faiblement standardisés. Les caractéristiques morphologiques de ces éclats, étroitement liées à la technique de percussion employée, en font des supports parfaitement adaptés à une utilisation comme dents de grages à manioc.



 

 Jean-Philippe Faivre,  Jean-Michel Geneste, Alain Turq

 

Approche par l’expérimentation d’une technique de débitage dans le Paléolithique

inférieur et moyen de Dordogne :

 les Tares  (Vallée de l’Isle) et  la Micoque (Vallée de la Vézère).

 

 

Type et direction de percussion, type de percuteur (matière, forme) nature des matériaux fractionnés, posture de taille..., autant de paramètres qui influent sur les caractéristiques morpho-techniques des produits lithiques et forgent la diversité opératoire des techniques de taille préhistorique.

C’est une des manifestations matérielles de cette diversité que nous tentons d’appréhender ici à partir de l’analyse technologique des industries lithiques du gisement des Tares et des couches 3 et 4 de la Micoque. La constitution de ces ensembles archéologiques, attribués à une phase ancienne du Moustérien (Paléolithique moyen ancien) repose pour une large partie sur l’application d’une technique de débitage qui produit des enlèvements à surface d’éclatement totalement plane (fracture en split) dépourvue de cône de hertz ou de conchoïde. Elle a été initialement considérée comme étant le résultat d’une percussion directe sur blocs posés sur enclume. Le réexamen récent des produits de débitage n’aboutit pas à la reconnaissance des critères discriminants de cette technique de fractionnement (absence totale de bipolarité de la percussion). L’expérimentation par la pratique moderne de la taille apporte de nouvelles clés de lecture de ces produits de débitage singuliers.

 



 

Karine Matilla

 

L'emploi de la percussion directe au percuteur dur de galets posés sur enclume dans le gisement de la Chaise- de-Vouthon (abris Suard et Bourgeois-Delaunay, fouilles A. Debénath 1963-1983)

 

La Chaise est un complexe d’habitat constitué des abris Suard et Bourgeois-Delaunay, et de la grotte Duport, qui communiquent entre eux par des couloirs. Il a été fréquenté à l’abri Suard puis à l’abri Bourgeois-Delaunay, sans interruption, de la fin du Riss II, ou fin du stade isotopique 6, à l’interstade Würm I-II, ou stade 5.3 ; les deux remplissages sont séparés par l’interglaciaire Riss-Würm, ou stade 5.5.

Le matériel étudié ici est issu des fouilles de David et d’A. Debénath et représente un total de 13 148 objets. L’analyse technologique met en avant l’application de méthodes de débitage organisées, Levallois et discoïdes, ainsi que la pratique d’un débitage plus opportuniste, bipolaire sur enclume notamment. A l’abri Suard, c’est le débitage Levallois récurrent unipolaire qui est préférentiellement employé, comme sur le silex. A l’abri Bourgeois-Delaunay, le débitage discoïde est choisi, même si la méthode Levallois est encore réalisée. Une certaine adaptation au matériau est adoptée pour réaliser au mieux ces deux méthodes, mais elle n’est pas systématique. Les plans de frappe ne sont par exemple pas toujours laissés corticaux lors de la préparation des nucléus Levallois, comme c’est souvent de préférence le cas pour le débitage de galets, mais sont quelquefois préparés.

Parallèlement à ces méthodes essentielles, existe la percussion bipolaire sur enclume, présente de manière régulière tout au long des occupations des deux abris. Il s’agit d’une part d’une méthode employée pour entamer les galets destinés ensuite à être débités par percussion directe classique, mais surtout d’une méthode de débitage permettant d’obtenir des éclats en série pour un besoin immédiat. La présence de plusieurs méthodes de débitage relevant de conceptions techniques et technologiques différentes et indépendantes révèle la richesse des connaissances des tailleurs, et leur capacité d’adaptation en fonction de leurs besoins. Il s’agit de plus d’un comportement techno-économique particulier à mettre en relation avec l’analyse typologique, le matériel en silex et le contexte environnemental. La diversité des modalités d’application de la percussion directe au percuteur dur relève de contraintes techniques, de choix techno-économiques et techno-typologiques, mais aussi peut-être de préférences liées à une tradition culturelle.

 

LIEUX : Vallée de la Tardoire, La Chaise, Charente, France.

TOPONYME : La Chaise-de-Vouthon.

CHRONOLOGIE : Riss II, Riss III, Riss-Würm, Würm I, Würm I-II, stades isotopiques 6, 5, 5.4, 5.3, Paléolithique moyen, Préhistoire.

SUJETS : techno-typologie et techno-économie, industrie lithique, comportement humain, Néandertal.

 



 

Michel Brenet, Juan Antonio Sánchez Priego

 

Modalités de façonnage des pierres de taille à Jerf el Ahmar (PPNA, Syrie)

 

Sur le site néolithique Mureybétien (PPNA) de Jerf el Ahmar en Syrie, les bâtiments ont été systématiquement construits à l’aide de pierre de taille, de forme oblongue, en calcaire tendre local. Ces éléments architecturaux, dits « pierres en cigares », également présents à Mureybet et à Cheikh Hassan, ont été soigneusement taillés, en fonction de leur position future dans les assises successives des murs des constructions. Ces pierres étant avec le limon et le bois, les éléments constitutifs de base des ensembles architecturaux, une étude a été mise en œuvre afin de déterminer leur(s) mode(s) de fabrication et d’utilisation dans les architectures.

Les premiers résultats de l’analyse de 525 pierres en cigare provenant de deux bâtiments ont montré, outre une récurrence dans leurs structures volumétriques, un façonnage bifacial ou multi-facial en percussion directe. La présence d’un certain nombre de macro-traces comme la présence d’impacts et de raclage sur la surface des pierres et non sur leur périphérie ne pouvaient s’expliquer par la seule utilisation de percuteurs de pierre comme ceux retrouvés sur le site. Une expérimentation a été ensuite menée afin de déterminer quels outillages découverts sur le site ont pu également être utilisés en percussion pour les façonner. Une cinquantaine de pierre en cigare ont ainsi été fabriquées à l’aide de plusieurs outils de percussion et de taille tels que ceux découverts sur le site : percuteurs de pierre en galets de l’Euphrate, pilons allongés en basalte et enfin sept herminettes en silex emmanchées. Celles-ci, très légères et maniables, sont parfaitement adaptées à la taille de ce calcaire, à la fois en percutant près des bords des pièces, mais aussi en percussion directe lancée sur les surfaces des pierres afin de détacher des éclats concaves rebroussés ou de racler la matière.

Les résultats conjoints des analyses technologique et tracéologique du matériel archéologique et expérimental ont montré de véritables similitudes dans les traces induites à la fois sur les tranchants et les parties emmanchées des herminettes, et sur la matière d’œuvre (surfaces et volumes des pierres de taille en calcaire). Il ressort de cette étude pluridisciplinaire qu’une partie des herminettes de Jerf el Ahmar a servi à la taille du calcaire, en percussion directe lancée, afin de maîtriser et de standardiser la fabrication des pierres employées dans tous les murs des architectures.

 

LIEUX = Syrie

TOPONYME = Jerf el Ahmar

CHRONOLOGIE = Mureybétien, PPNA 

 



 

Alain Turq

 

La taille des meules en silex en sud Dordogne : modalités de mise en forme

 

 

 

En France, l’industrie meulière a été, durant plusieurs siècles (XVIIIè, XIXè et première moitié du XXè), très florissante. L’Aquitaine a été tout le long de la vallée de la Dordogne  entre Domme et Bergerac, autour des affleurements de silex meulière un centre important. La rencontre avec deux des derniers meuliers nous a amené à nous intéresser aux techniques de fabrication. L’examen des déchets de carrière ou de notre propre “ apprentissage ” des gestes, ont montré que les éclats ont des ondes de chocs toujours unidirectionnelles qui partent d’un petit point d’impact très précis, marqué par un petit manque de matière. La surface d’éclatement ne présentant pas de bulbe n’est donc pas ou peu différente du négatif laissé sur le bloc. L’angle formé par la surface d’éclatement et la zone de plan de frappe est proche de 90°.  Ce type de fracture en split était très proche de celle observée aux Tares ou dans les couches 3 et 4 de la Micoque.

 

Dans l’industrie meulière, la production de ces éclats n’intervient que dans une seule partie de la chaîne opératoire, lors de la fragmentation des blocs et surtout lors de la mise en forme des pièces.  Ici les percuteurs sont des outils en fer emmanchés, des sortes de masses (les “ têtus ”) ou de doubles haches très épaisses au tranchant rectiligne (les “ couperets ”). Pendant ces phases, la position de la pièce à travailler et la manière d’utiliser l’outil sont déterminantes. Dans tous les cas, la pièce à débiter ou à fragmenter est posée de manière à utiliser les ondes renvoyées par le contrecoup. Tous les coups n’ont pas pour but de détacher des éclats. Ils peuvent simplement marquer la matière et donner l’orientation à une ligne de fracture. Ce n’est qu’un dernier coup porté sur la surface la plus plane qui détache l’éclat. Le geste consiste à mettre en contact, non pas un point de l’outil, mais la totalité de son tranchant. Les coups sont portés, perpendiculairement à la surface du bloc, le plus verticalement possible, non pas en force mais en vitesse. Ainsi on obtient un angle de détachement proche de 90° qui est l’angle recherché pour mettre en forme le pavé ou la meule, objets qui s’inscrivent dans des plans sécants perpendiculaires.

 



 

Jacques Pelegrin

 

Critères d'identification des tectofracts (titre sous réserve)

 



 

Vincent Mourre, David Colonge

 

La question du débitage de grands éclats à l’Acheuléen

 

La notion d’Acheuléen a été introduite à la fin du XIXème siècle par G. de Mortillet suite à la découverte d’industries comportant de nombreux bifaces dans les alluvions de la moyenne terrasse de la Somme, à Saint-Acheul près d’Amiens. Par extension, le terme « Acheuléen » a été appliqué à des industries à bifaces qui font leur apparition en Afrique vers 1,6 Ma BP et qui se développent par la suite dans tout l’Ancien Monde, et en particulier en Europe entre environ 600 000 et 200 000 ans BP.

La présence de bifaces est donc l’élément le plus consensuel de la définition de l’Acheuléen, même si certains auteurs estiment qu’il convient de tenir compte de la fréquence de ces outils dans une série archéologique avant d’attribuer celle-ci à ce techno-complexe. Mais peut-être plus encore que par les bifaces, l’Acheuléen africain est caractérisé dès ses débuts par le débitage d’éclats de grands modules, pouvant atteindre plusieurs kilos et plusieurs dizaines de centimètres. Ces éclats ont été mis à profit pour la réalisation de différents outils, dont des bifaces et bien sûr des hachereaux, mais ils ont également pu être exploités comme nucléus. La fréquence des grands éclats caractérise également l’Acheuléen dans la plupart des régions où il est connu, à de notables exceptions près telles que l’Europe nord-occidentale.

Un intérêt inégal a été porté à la question des techniques employées pour produire ces grands éclats : éludée par certains auteurs, évacuée sommairement par d’autres, elle a aussi passionné des préhistoriens tels que H. Breuil, qui a proposé des hypothèses peu réalistes faisant intervenir des systèmes complexes de trépieds et de balanciers.

L’hypothèse la plus courante fait intervenir la percussion directe d’un nucléus sur un percuteur dormant immobilisé au sol. Un angle d’éclatement très ouvert (135/140 °) et des cônes de percussion multiples sont traditionnellement considérés comme caractéristiques de cette technique, parfois qualifiée improprement de « débitage sur enclume », de « débitage bloc contre bloc » ou de « technique clactonienne ».

Une large synthèse bibliographique et des exemples archéologiques fournis par le site acheuléen de Lanne-Darré (fouille D.C.) incitent à relativiser l’importance de cette technique à l’Acheuléen. L’expérimentation permet de proposer des techniques alternatives moins spectaculaires mais qui rendent plus fidèlement compte des caractéristiques des grands éclats de l’Acheuléen.

 

LIEUX = Afrique, Moyen-Orient, Hautes-Pyrénées, France

TOPONYMES = Sartalejo, Tabelbala-Tachenghit, Gesher Benot Ya’aqov, Isenya, La Kamoa, Lanne-Darré

CHRONOLOGIE = Acheuléen

SUJETS = techniques de débitage, débitage sur percuteur dormant, nucléus

 



 

Céline Thiébaut, Jacques Jaubert, Vincent Mourre

 

Diversité des techniques employées lors de la confection des encoches et des denticulés moustériens

 de Mauran (Haute-Garonne)

 

Le gisement de Mauran est un site de plein air adossé à une barre rocheuse calcaire qui appartient à l’un des chaînons pré-pyrénéens. Situé à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse, le site domine la vallée de la Garonne sur sa rive droite. Découvert en 1972 par M. Orliac, il a été fouillé sous la direction de C. Farizy entre 1976 et 1981 (Farizy et al. 1994, Jaubert 1993).

Les vestiges mis au jour résultent d’un cumul de plusieurs occupations saisonnières  liées principalement à une chasse monospécifique (Bison) (David in Farizy et al. 1994,  Brugal et David 1993). L’industrie lithique, caractérisée par une grande diversité des matières premières utilisées (quartzites, quartz, silex, lydiennes, schistes, etc.), est rattachée au Moustérien à denticulés (Girard et al. 1975, Jaubert in Farizy et al. 1994).

L’étude des encoches et des denticulés montre une certaine diversité morphologique des tranchants retouchés ainsi que des négatifs d’encoches (morphologie en section, angle, morphologie de l’encoche). Les tranchants n’ont donc pas les même caractéristiques morphologiques et n’offrent pas les même potentialités fonctionnelles. Ces particularités sont à mettre en relation avec les différentes techniques utilisées lors de leur confection (Thiébaut 2001).

Depuis les travaux précurseurs de L. Henri-Martin ou H. Breuil, de nombreux chercheurs ont démontré que des matériaux très divers pouvaient être utilisés comme retouchoirs (pierre dure, pierre tendre, bois végétal et animal...) (cf. notamment Tixier et al. 1980). Certains ont attiré l’attention sur l’importance des gestes effectués lors de la retouche (percussion directe perpendiculaire ou tangentielle, geste infléchi, etc.) (Bourguignon 1997). D’autres travaux évoquent des techniques beaucoup plus particulières, telles que la retouche par pression avec les dents (Gould et al. 1971), à l’aide d’un tranchant d’éclat (Escalon de Fonton 1979, Pelegrin 1995) ou encore par percussion à partir du bulbe d’un éclat (Tixier 2000).

L’objectif de ce travail est de tenter de déterminer, par une approche technologique et expérimentale, les techniques à l’origine des caractéristiques très particulières des négatifs d’enlèvements observés sur les encoches et les denticulés archéologiques de Mauran.

 

Lieu : Haute-Garonne, Midi-Pyrénées, France, Europe du Sud-Ouest

Toponyme :  Balaresque, Mauran

Chronologie = Moustérien, OIS 3, 40 000 BP

Sujets = encoches et denticulés, techniques de confection, méthodologie, expérimentation.

 



 

Ludovic Slimak

 

Micro-débitages et application de la force, éléments de réflexion

 



 

Claude Sestier

 

La production de « fil tranchant » par percussion directe à la pierre et la définition fonctionnelle de la « retouche »

 



 

Laurence Bourguignon

 

Diversité des percuteurs : variabilité des gestes

 

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dernière mise à jour le 20 novembre 2005